L’histoire de Catherine en quelques objets

Et me voilà, paraphrasant un livre bien connu et très respecté, publié par le British Museum. Nouvelle expérience pour moi : découvrir s'il est possible de définir le monde imaginaire d'un artiste à travers les objets qui l’identifient: Catherine Marnata, directeur artistique de DDOO.

Lorsque vous rencontrez Catherine, et vous la complimentez sur un bijou, une ceinture, une che-mise qu'elle porte, elle vous dira toujours: «quoi, ce vieux truc? Je l'ai fait moi-même! "Incroyable... Oui, mais d’où viennent ses idées?

Catherine:
Avant d'entrer dans les détails, je voudrais parler de mes voyages. Je devais beaucoup me déplacer pour raisons professionnelles et chaque fois que j’arrivais dans un pays chaud, j'étais fascinée par la grâce et la simplicité de la tenue des gens, quel que soit leur âge, leur taille ou l'occasion.
J’étais là, ayant trop chaud et inconfortable dans des vêtements qui bien qu’ "à la mode", ne cor-respondait à mes besoins ou même - quand vous êtes jeune, vous faites ce genre d'erreur ... - ma morphologie. Et il y avait les locaux, parfaitement à l'aise dans la chaleur, recueillis et gracieux.
Par conséquent, le premier objet que je vais choisir est un tableau de Gauguin, qui dans mon esprit exprime tout ce que j'essaie de réaliser dans mon travail.

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Paul Gauguin: Tahitiennes sur la plage
Ce qui me plaît est que les deux femmes représentées ne sont pas classiquement belles, mais leur beauté est dans l’aisance de leur corps. Le paréo qu'elles portent, ses couleurs et ses motifs, contribuent à améliorer leur silhouette et ne les emprisonnent pas dans une forme imposée, un carcan.
Je suis arrivée en Inde quand j’avais 25 ans.

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La société Ishwar m’envoya à Madras pour étudier et réinterpréter les carreaux traditionnels, pour transformer les modèles appartenant à une tradition millénaire en quelque chose de plus familier, même ordinaire.
A Delhi, je travaillais avec une amie, je dessinais et elle découpait les motifs.

Les madras dans mes yeux étaient déjà parfaits - beaucoup mieux que je ne pourrais jamais le faire -, et je pensais qu'il était dommage d'enlever le côté exotique, presque effrayant de celui-ci dans le but de l’"apprivoiser".
Ainsi s’envolaient les couleurs qui “clashent”, le mystère, l’inconnu évocateur des dessins anciens.

Je n'ai pas aimé mon travail, mais j’ai aimé la façon dont les gens assemblaient les différents ma-tériaux et les couleurs vives et contrastées. Ce n’était jamais artificiel et toujours magnifique; im-probable, excessif, parfois bizarre, mais, pour moi, c’était harmonieux et fascinant.

À Delhi, j'ai plus appris en regardant les gens qu’en travaillant. Donc mon prochain "objet" devait être obligatoirement un sari.

En Inde, avec un seul morceau de tissu, vous pouvez créer une identité. Enroulez-le autour de votre corps et c’est une robe, la même chose autour de votre tête et il devient une couronne.

Un sari est fait comme un tableau, où le motif est créé selon les dimensions d'une seule pièce de textile. Tout le monde peut se créer sa propre histoire.

C’est davantage une pièce unique qu'un produit standardisé. Il peut y avoir des règles dictées par l'âge, la tradition ou le costume local, mais pas par le dogme esthétique.
En conséquence, j’ai toujours pensé que les femmes qui portent des saris avaient une plus grande grâce naturelle, comme si ce beau morceau de tissu portait leur âme.

Mon expérience de travail en Inde a changé ma façon de voir les vêtements: je suis devenue moins dogmatique, moins écrasée par des règles.

Je peux encore me voir moi, la petite française, pour la première fois à l'étranger, hypnotisée, dé-testant la nourriture, traversant tout Delhi dans un pousse-pousse pour aller de magasins en magasins de tissu puis chez le tailleur, presque de manière obsessionnelle, j’essayais de copier pour moi ce que je voyais sur les hommes et les femmes autour de moi!

Comme troisième objet, j'ai choisi un dessin japonais à l’encre de Chine. Laissez-moi vous expli-quer pourquoi.

Je pensais être devenu styliste par hasard. Mais quand mon mari m'a expliqué que rien ne se passe par hasard, j’ai compris que les vêtements que je crée sont une conséquence directe de ce que je suis.
Dès le plus jeune âge, j'avais senti que je ne ressemblais pas à ce que mes parents auraient sou-haité pour moi. Par conséquent, les vêtements sont devenus mes amis, ils me cachaient et me protégeaient contre les regards fixes des gens et me permettaient de faire face au monde.

Je crois que ceci est la raison pour laquelle j'ai réussi dans ce travail. Je voulais créer des dessins qui aidaient les gens à se sentir à l'aise, gracieux, libre et élégant, toutes ces choses que je trouvais si difficile.
Je voulais inventer pour les autres. J’ai du étudier, faire des erreurs, essayer à nouveau, accumuler de l'expérience. En fin de compte, à travers mon travail, j’ai surmonté mes propres problèmes avec la perception des autres.
Les encres de Chine japonaises représentent la plus grande maîtrise de la technique. Des années d'étude rendent possible un seul geste, qui semble sans effort; une œuvre d’art qui parait simple mais requiert des années d’apprentissage: comme un vêtement raffiné par une longue tradition et pourtant réinventé chaque jour par ceux qui le portent.
Voici ce que DDOO représente pour moi.